Alors voici la section de présentation de mon studio. Je vais tenter d'expliquer ce qui a motivé le choix des machines que l'on peut y trouver.
Vous constaterez rapidement qu'il y a un ensemble de machines très différentes, certaines étant anciennes, d'autres très récentes.
Je pense le synthétiseur comme un instrument réel. J'accepte donc le fait qu'il a une certaine couleur qui lui est propre, alors soit on aimera cette "couleur" ou bien justement pas. Certaines machines, comme les samplers Akai S-5000 ou le S-2000 sont par contre très transparents, c'est-à-dire qu'ils n'ajoutent ni ne retirent quoi que ce soit au son initial.
L'EMU Emax S.E. par contre est très différent et il a une prédisposition naturelle à donner un côté métallique et organique (une sonorité un peu râpeuse/granuleuse si l' on veut).
On peut d'ailleurs faire la comparaison avec des guitares. Certaines guitares seront très typées pour faire du rock métal très lourd, et se comportent assez mal pour faire des choses plus funk par exemple. A l'inverse certaines guitares sont parfaites pour le funk ou le jazz mais pour le reste elles seront peu adaptées.
Les différents grands constructeurs comme Roland, Korg, Yamaha, Moog, Alesis, Novation, ... l'ont bien compris et on retrouve une sonorité typique propre à la marque choisie. Un Korg sonne très différemment d'un Roland (à technologie similaire va de soi). Même si les réglages de filtres et d'oscillateurs sont strictement identiques.
Cela vient au fait que, par exemple, une onde primitive de type "sawtooth" korg aura une pente plus raide avec une amplitude et un angle de déphasage particulier par rapport au même sawtooth d'un synthé Roland. Ensuite les caractéristiques de l'amplification (si analogique) ou de conversion D/A (les convertisseurs Digital to Analog, qu'on retrouvera dans les synthétiseurs numériques) influences également sur la façon dont le son sera produit.
D'un point de vue technique, on peut approcher le terme "colorisation" du son à une forme d'équalisation induite.
Pour reprendre notre exemple d'un sawtooth produit par un Korg (prenons par exemple le microKorg) et un Roland (par exemple le SH201), on pourrait voir de manière très claire que ces deux sons auront de grandes différences au niveau du spectre de fréquences. Des logiciels comme Steinberg Nuendo permettent d'avoir un graphique de fréquences très élaboré et qui permettent de visualiser les nuances de manière extrêmement précises !

Il me semble donc adéquat de disposer d'un parc de machines de marques différentes pour pouvoir disposer d'un équipement spécifique pour chaque catégorie de son. C'est pourquoi j'ai porté mes choix sur différentes marques de fabricants.
L'autre point essentiel est le "moteur" de rendu de ses machines. Autrement dis, le type de synthèse et le procédé (circuits analogiques, DSP numériques, ...) de production sonore.
Là aussi j'ai essayé de porter mes choix sur des machines qui me permettent d'avoir un bon équilibre entre toutes ses différentes technologies. J'utilise donc les sonorités du Juno6 pour certaines choses, ou de l'Alpha Juno 1 pour d'autres, ou encore l'Ultranova... Tout dépend du type de son que l'on désire créer, et donc, quelle est la synthèse et le procédé de rendu approprié.
Evidemment avec les synthés "Virtual Analog", on peut se demander si il faut utiliser un son réellement analogique ou non. Surtout qu'une fois que ces sons passeront dans un ensemble d'effets (chorus, phaser, equalizer, delay, reverb, ...) certaines subtilités se trouveront soit gommées ou soit amplifiées...
Il n'y a pas de réponse rationnelle à cette question... C'est avant tout une question de feeling. Par exemple le Yamaha AN1X (synthèse V.A. donc en somme un procédé 100% numérique) crée des pads d'une chaleur et d'une tessiture bien plus douces qu'un véritable synthétiseur analogique comme par exemple le Roland Juno6, ce qui peut paraître incroyablement paradoxal. Mais il faut garder à l'esprit que le fait qu'un synthé soit un véritable analogique ne garanti en rien qu'un son sera chaud ou "rond", car là aussi il y a bien des nuances entres différents constructeurs et modèles de synthétiseurs. Certains synthés analogiques donneront des sonorités bien plus froides que d'autres...
Et cela s'applique également pour les synthétiseurs de type V.A. où certains algorithmes permettent d'approcher un rendu chaud et doux d'un son, alors que d'autres constructeurs proposent des algorithmes plutôt mal adaptés pour produire des sonorités chaudes, mais très performants pour des sons claquants ou agressifs...
Donc pour une même technologie (analogique/digitale/va) nous obtiendrons des résultats diamétralement différents !