Roland Jd-Xi (2015)

Roland Jd-Xi

 
SOUS LE CAPOT
Inside Roland JD-XI

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DOCUMENTS PDF SUR LES PRINCIPAUX CIRCUITS

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AK4556VT
FM3_MB9AF1A1M JRC_4580
JRC_2082

 

IMPRESSION

Voici ce qui va probablement devenir mon synthétiseur préféré : le Roland Jd-Xi. Une pure merveille ! Sorti en 2015, le Jd-Xi englobe un synthé capable de sortir de magnifiques sons aussi bien digitaux qu'analogiques, ainsi que des sons issus de 32 boites à rythmes. La partie digitale dispose d'une polyphonie de 128 oscillateurs (un tone, c'est à dire un son de base, peut être constitué de 1 à 3 oscillateurs) et la partie analogique se résume à un mode monophonique.

Commençons par la partie analogique justement

Le Jd-Xi est un synthé que Roland décrit comme hybride, il dispose d'un moteur de rendu digital basé sur la technologie superNatural, ainsi que d'une partie purement analogique. Cette partie analogique est composée d'un VCO disposant d'un oscillateur (3 formes d'ondes possibles : triangle - dents-de-scie - rectangulaires ajustables) mais aussi d'un sub-oscillator qui jouera une onde carrée (ou rectangulaire) un octave en dessous, voire deux même ! A peu de chose près, on a donc un VCO assez similaire à ce qu'on trouve sur un vénérable Juno-6. La forme d'onde rectangulaire peut être modulée par le LFO, de façon très classique. Le paramètre de modulation s'appliquera également au sub-oscillator d'ailleurs.

Cet oscillateur est produit de manière purement analogique. Vient ensuite le classique VCF, lui aussi purement analogique. Ce filtre est basé sur la technologie "transistors lader" et non pas "diode-lader" (qui est plutôt la technologie classique que Roland a utilisé à la grande époque de sa production de synthétiseurs analogiques). Ce filtre me plait énormément car je le trouve "crémeux" absolument pas agressif ou incisif. Il est très doux, très chaud. La résonance peut monter à des degrés qui frisent le sifflement. A la sortie de ce synthé, le firmware comportait un réglage inapproprié qui faisait entendre des "escaliers" dans les divers niveaux de réglages du filtre. Ce phénomène ayant disparu avec les versions récentes du firmware (1.02 et 1.10). Le filtre analogique dispose d'un seul mode LPF (qui semble être de type 24dB).

Il existe deux enveloppes (à 4 paramètres classiques : ADSR) gérant le son, l'enveloppe de filtre et celle de volume. Par contre les enveloppes sont gérées par la partie digitale du synthé. Mais franchement ce n'est pas ce qui va noircir le tableau. Vient ensuite un LFO (un seul malheureusement) lui aussi géré par la partie digitale, mais assez complet (disposant d'un paramètre de fade-in, et pouvant contrôler simultanément le pitch - le filtre et le volume du son). Il y a encore quelques paramètres globaux, mais en gros on se trouve devant une sorte de Juno-6/60 monophonique avec, cependant, un LFO plus évolué ainsi que surtout une enveloppe de filtre à part entière. Le son obtenu lors de mes tests s'avère à la fois stable, très chaud, et rond. On y trouve la signature Roland, mais qui ne ressemble pas vraiment à une signature déjà existante...

On peut regretter l'aspect monophonique de cette partie analogique, mais il n'est pas exclu qu'à l'avenir différentes synthèses cohabitent de plus en plus au sein d'une même machine. Néanmoins on pourra réaliser de chouettes choses, FX, basses, leads, ...

La partie digitale

Le moteur de son du Jd-Xi pour la partie digitale est basée sur la technologie superNatural que Roland a développé déjà depuis quelques années et implémenté sur des modèles de synthétiseurs assez réputé comme le Jupiter-80 ou les Roland FA ou encore l'Integra-7. Cette technologie est basée sur des sons PCM (des échantillons donc) mais des algorithmes calculent en temps réel les variations d'harmoniques en fonctions de paramètres permettant de simuler la réalité à son maximum sans passer par de classiques "boucles" dans les PCM. Le son est donc calculé par DSP et constitue une matière vivante. Dans le cas du Jd-Xi, le but n'est évidement pas de simuler des instruments classiques (il y en a quelques-uns mais ils ne sont pas d'une qualité particulièrement saisissante) mais de proposer 2 catégories de sons.

La 1ère est basée sur les formes d'ondes de synthétiseurs analogiques, et on retrouve les classiques formes d'ondes triangulaires/dent-de-scie/sinusoïdales/rectangulaires et le Super-Saw. Ces sons ont la particularités d'être modélisés comme un moteur V.A. classique. On a d'ailleurs des paramètres comme par exemple l'analog feeling qui permet d'insérer une forme de variations aléatoire dans le son pour le rendre moins lisse, moins linéaire. On a aussi un paramètre de detuning dédicacé pour la forme d'onde "super-saw" et qui permet de désaccorder les 7 "dents-de-scies" que constitue le super-saw pour créer un son extrêmement riche et ample.

La 2ème est basée sur des formes d'ondes purement échantillonnées comme des choirs, des basses, des guitares, des sons de percussions, strings, pianos, fx, ... Evidement sur ces sons certains paramètres préalablement cités ne s'appliquent pas.

Ensuite nous avons un filtre à 5 type (LPF 12/24 , HPF, BPF, Notch). Ces filtres sont très musicaux je dois dire. Pas de phénomènes "criards" à signaler ou autres artefacts digitaux que l'on peut, parfois, rencontrer sur d'autres machines. Il existe pour cette section filtre une enveloppe de type ADSR classique ainsi qu'un paramètre de transposition du clavier et un facteur de vélocité. On pourrait regretter de n'avoir qu'un seul filtre par "part" (le Waldorf Blofeld et le Novation Ultranova proposent une structure à deux filtres que l'on peut coupler selon différents schémas), mais il faut rappeler qu'un son est composé de 3 parts ! Ce qui permettra très franchement de créer des sons d'une extrême richesse/complexité au besoin !

Vient ensuite la partie amplification. Rien de bien particulier ici non plus... On dispose d'une enveloppe classique ADSR, un facteur de vélocité et un volume global

Ce qu'on nomme la "matrice de modulation" est ici assez réduite dans la synthèse du Jd-Xi. On peut en effet disposer d'un LFO (un seul malheureusement, comme pour la partie analogique) qui peut être assigné à la partie "Pitch", "Filter" ou "Amp" du moteur de synthèse. Ce LFO peut toutefois être synchronisé sur le tempo, être redémarré à chaque appui de touche, et dispose également d'un fade-in (augmentation progressive de l'amplitude du LFO).

Un son digital est composé, comme je le disais, de 3 "parts", ce qui signifie qu'un son pourra disposer au maximum de : 3 DCO/PCM - 3 filtres - 3 DCA... ça permettra de faire déjà pas mal de choses. Mon petit regret est de disposer d'un seul LFO. Sans aller jusqu'aux 3 LFOs d'un Novation Ultranova, disposer de deux LFO aurait été intéressant (l'un pouvant changer le panning d'un son, de façon très lente par exemple, pendant que le 2ème LFO plutôt rapide pourrait changer subtilement le pitch de la note). Cela rappelle fortement la conception de sons sur le Roland JX-305 mais qui lui peut comporter jusqu'à 4 "parts" pour un son.

Les effets


On dispose de deux multi-effets à usage divers, d'un delay et d'une reverb. Le 1er multi-effet est orienté "distortion" et "compression". Le 2ème est orienté "modulation" (flanger/phaser/ring modulation/slicer). Cependant, et de façon inexplicable, on ne trouve pas de chorus ! En fonction de l'effet sélectionné on aura de 3 à 6 paramètres. Le delay peut (heureusement) se caler sur le tempo également. Ils sonnent tous très bien à mon sens. Les différents programmes de reverb sont très convaincants également. La manière de les régler est globale pour un même programme. Il n'y a que les niveaux d'envois et de retours qui sont ajustables pour chacune des sources sonores (les 2 parties digitales, la partie rythmique et enfin la partie analogique).

Organisation de la mémoire.

Le Jd-Xi est un peu particulier en ce sens qu'il ne possède pas vraiment une banque de "tones". Il dispose plutôt d'une banque de programmes. Un programme englobe les 4 sources sonores, divers paramètres globaux (arpégiateurs, tempo, ...) ainsi que les réglages d'effets. Si il est facile d'accéder aux tones d'usines pour créer son propre programme, ça devient plus compliqué d'utiliser des tones que l'on a créé soi-même dans de nouveaux programmes (qui sont stockés à partir de E01). L'absence de banque de "tones", va obliger à utiliser une fonction de "copier-coller" qui permettra d'aller rechercher un "tone" depuis un programme spécifique (source) et à le recopier dans le programme désiré (destination). Ceci n'étant pas très clairement expliqué dans le manuel, j'imagine que beaucoup de personnes vont se retrouver un peu perdues quand elles désireront utiliser un super son analogique qu'elles auront créé dans le programme E10 par exemple, et qu'elles voudront utiliser également dans un autre programme, E15 par exemple... Avec une banque de "tones" clairement accessible et indépendante d'une banque de "programmes" tout aurait été plus simple.

Gestion des imports/exports des sons vers un ordinateur.


Là c'est vraiment très simple par contre. Une simple connexion USB, ainsi que l'appui sur une touche au démarrage du synthétiseur permet de faire très simplement des imports/exports depuis/vers la mémoire du Jd-Xi. Un peu à l'image du Roland JP-08.

Partie rythmique

Le Jd-Xi embarque plusieurs samples de boites à rythmes "légendaires" (TR-808, TR-909, TR-626, CR78, ...). Cette section dispose de son propre moteur de synthèse (qui n'est donc pas le même que le moteur de synthèse qui servait pour les deux parties "synthé-digitaux" dont on a déjà parlé). Cette section permet d'appliquer des filtres, enveloppes, LFO, ... sur les différents sons que l'on va venir garnir sur le clavier du JD-Xi ... clavier qui comporte d'ailleurs des inscriptions permettant d'organiser efficacement le rangement de sons. A noter que tout comme les deux parties "synthétiseurs-digitaux", le fait de tourner les commandes du panneaux principal vont moduler les sons de batteries. Ces modifications pouvant être transmises au séquenceur interne du Jd-Xi (ou à un séquenceur externe). Il existe 33 kits déjà programmés d'usine qui devraient couvrir quasiment tous les besoins... pour un total de 453 samples (PCM) différents ! De quoi faire !! A noter qu'un son de batterie peut lui-même être composé jusqu'à 4 "parts"... ça laisse imaginer les possibilités quasi infinies de créations de sons de percussions !!

Séquenceur de paterns,


Je n'ai jamais été un grand fan des séquenceurs intégrés des synthétiseurs. Que ce soit celui du Roland JX-305 (pourtant très complet), ou du Korg M1, du Yamaha SY-77 ou encore celui du Roland W-30, je passe toujours par un séquenceur externe tournant sur un ordinateur. Pure question d'habitude et de flexibilité, probablement. Je n'ai donc pas exploré énormément les possibilités  de celui du Jd-Xi. A priori, il s'agit plutôt d'un séquenceur permettant de réaliser de une à quatre mesure, et qui se rapproche d'un "motif" (par opposition au mode "song" de certains séquenceurs évolués). On disposera donc d'une mémoire permettant de jouer 4 mesures en boucles. Ce séquenceur mémorises néanmoins les mouvements des contrôles du panneau avant. Attention néanmoins qu'en fonction du nombres de notes, d'événements, etc... entrés, on pourra parfois avoir un message d'erreur disant que la mémoire est saturée. Ce séquenceur me semble donc très orienté "groove/motif" mais ne peut pas vraiment être comparé à un vrai séquenceur. Même si il existe certaines fonctions d'édition, quantization, et effacement. Néanmoins c'est grâce à ce petit séquenceur interne qu'on pourra jouer les 4 parties (2 synthés digitaux, la partie rythmique, le synthé analogique) que composent un programme. Ce petit séquenceur est donc un séquenceur à 4 pistes et permettra donc de faire jouer simultanément deux synthétiseurs digitaux, un synthétiseur analogique et une boite à rythme ! Ces 4 parties possèdent un canal midi préprogrammé d'ailleurs, et il faudra en tenir compte si on utilise le Jd-Xi depuis un séquenceur externe. Les deux synthétiseurs digitaux utilisent le canal n°1 et n°3, le synthé analogique utilise le canal n°3 et la partie rythmique utilise le canal n°10.

Le Jd-Xi pour quels usages ?

Très certainement pour énormément d'usages différents ! Il excelle dans la recherche sonore. Les très nombreux paramètres disponibles pour les synthés digitaux, ainsi que la très grande gamme de sons PCM en mémoire permettra de créer des sons de toutes natures, du plus chaud et doux au plus froid et agressif, en passant par des sons atmosphériques ou des effets spéciaux impressionnants. Sa partie véritablement analogique permettra également de rajouter un élément indiscutablement séduisant à l'ensemble. Bien que monophonique, on peut créer des leads extrêmement profonds et ronronnants. En mélangeant (via un séquenceur externe) les deux sons digitaux et le son analogique, on pourra créer des sonorités extrêmement riches et sophistiquées !

On pourra également utiliser ce synthétiseur comme "groovebox" grâce à son petit séquenceur intégré à 4 pistes. On est loin des possibilités d'un JX-305 néanmoins... Mais ce sont deux machines conçues pour des besoins très différents.

Finalement le Jd-Xi pourra également servir (tout comme le Korg microKorg ou le Novation Ultranova) à faire des effets de vocoder (je n'en ai pas parlé, car je n'utilise pas cette fonctionnalité... du moins, pas via un synthétiseur). Je n'ai pas testé cette possibilité (le micro fourni avec le Jd-Xi est d'ailleurs toujours emballé dans sa boite).

Sous le capot ?

Une fois démonté, on trouve une petite carte-mère comportant la partie analogique et digitale de ce synthétiseur. La partie analogique semble être composée de nombreux petits composants de type cms (transistors, condensateurs, ...) et qui fournissent probablement de quoi fabriquer la partie oscillateur et filtre du Jd-Xi. La partie digitale prend la plus grande partie du circuit et est composée de plusieurs composants importants : tout d'abord on trouve plusieurs circuits de DRAM et flashram pour un total de 40MB. On trouve un gros DSP Roland (Roland R8A82021ABC) qui est certainement le coeur du système de production des sons digitaux (ce DSP se retrouve d'ailleurs dans beaucoup d'autres synthétiseurs Roland récents, probablement une sorte de rationalisation du développement software s'organise chez Roland). On peut également trouver un microprocesseur ARM (FM3 MB9AF1A1M). C'est peut-être lui qui est chargé d'organiser le fonctionnement du système, et de ses sous-ensembles. Finalement on trouve tout un ensemble de petits circuits d'amplification (JRC 4580, 2082) et de conversion D/A (AK4556VT).

A noter, la très bonne initiative d'avoir une 2ème carte pcb dédicacée aux sorties audio, casque, entrée micro.

Conclusion générale & avis personnel
Ce petit synthétiseur est fantastique et absolument imbattable, surtout à ce prix, pour composer une gamme très variées de sons différents, allant de son purement analogique, en passant par d'autres sons digitaux tantôt émulant à la perfection des sons chauds analogiques, tantôt des sons très froids ou agressifs. Il dispose d'une grande gamme d'effets intéressants (dommage cependant d'avoir fait l'impasse sur le chorus,... pourtant très courant), d'un arpégiateur bien conçu, et d'un petit séquenceur 4 pistes. Sans oublier la possibilité de l'utiliser en mode vocoder !

Les possibilités de ce synthétiseur (surtout ne pas ce fier à la taille de cette petite machine) sont absolument énormes ! Dotées d'une très grande polyphonie (128 "parts" simultanés.. un son de synthé étant composé de 1 à 3 parts... et un son de batterie comportant de 1 à 4 parts, la polyphonie sera très variable, mais néanmoins vaste !!), d'un moteur digital étendu, d'un vrai moteur analogique, d'une partie rythmique très bien garnie, des commandes à accès direct sur le panneau avant, un arpégiateur très bien conçu, d'un petit séquenceur 4 pistes intégré, un vocoder, et d'une connexion USB... le tout pour moins de 500 euros, ... je pense que Roland a frappé très très fort !

Je regrette juste la petite taille de l'écran LCD (comme pour le JX-305, 2 lignes de 16 caractères alors qu'il y a des centaines de paramètres éditables). Il faudra donc jongler énormément avec les boutons permettant d'afficher tel ou tel menu, ou de les rechercher de façon linéaire... A moins de mémoriser la 20aine de raccourci permettant de gagner un peu de temps. Il faudra surtout noter l'absence d'une petite molette rotative de type "alpha-dial" qui aurait pourtant simplifié bien des choses !
A noter également au rayon des réserves: les mini-keys qui ne sont définitivement pas ma tasse de thé (mais on peut toujours piloter le Jd-Xi à partir d'un vrai clavier) et peut-être de 4 petits contrôles en façade qui auraient permis de manipuler directement les paramètres d'enveloppe. Mais pour un tel prix, et au vu de l'ensemble des possibilités, on ne peut franchement pas se plaindre... ce synthétiseur est une petite merveille !